La Serbie bascule : la Student List renverse Vučić et ouvre une nouvelle ère
La Serbie a basculé dimanche. La Student List, un mouvement antiétablissement porté par des étudiants, remporte une victoire électorale historique qui met fin à quatorze années de domination politique d’Aleksandar Vučić. Bien que ce scrutin suscite des espoirs d’une réinitialisation de Bruxelles, la prudence règne à Strasbourg et à Bruxelles face aux positions serbes sur les sanctions contre la Russie et la question du Kosovo.
Le séisme du 25 octobre
Vučić, leader du Parti progressiste serbe de droite (SNS), a reconnu sa défaite aux législatives anticipées. La participation a atteint près de 35% à midi, bien supérieure aux 21% enregistrés à la même heure lors du scrutin précédent de 2023, selon la commission électorale serbe. Ce bond monumental reflète une mobilisation exceptionnelle des électeurs contre le régime sortant.
La Student List n’était pas un acteur politique établi. Cet agrégat de jeunes citoyens mobilisés par une plateforme de contestation a su canaliser le mécontentement croissant face à des années de gouvernance autoritaire, de précarité économique et de mépris des règles démocratiques. Pour beaucoup d’observateurs, ce dimanche revêtait moins la forme d’une élection classique que celle d’un référendum anti-Vučić.
Un tournant pour l’Europe de l’Est
L’élection serbe arrive à un moment critique pour la géopolitique continentale. La Serbie, bien que candidate à l’adhésion depuis des années, demeure un maillon fragile du système européen. Vučić avait annoncé fin décembre 2025 l’organisation d’élections législatives anticipées, après plus d’un an de manifestations et de blocages visant sa gouvernance.
Or, le changement politique à Belgrade suscite des réactions mesurées à Bruxelles. Les institutions européennes ne cachent pas leur optimisme prudent : un gouvernement moins autoritaire pourrait faciliter les négociations d’adhésion et renforcer la cohésion du bloc face aux pressions géopolitiques extérieures. Mais plusieurs points d’achoppement persistent. Les positions de la Student List sur les sanctions contre la Russie et sur le Kosovo inquiètent les capitales européennes.
Au-delà de Vučić
Ce scrutin illustre une tendance plus large à l’œuvre en Europe : la montée en puissance de forces politiques antiétablissement. Que ce soit en Allemagne avec l’AfD, en Hongrie avec les réformes libérales ayant battu Orbán, ou désormais en Serbie avec une liste étudiante, l’électorat européen refuse de se satisfaire des arrangements politiques usuels. Ces mouvements portent rarement un programme clairement articulé, mais ils incarnent un désir de rupture.
Pour Bruxelles, le défi sera d’accompagner ce renouvellement politique serbe sans naïveté. Si la chute d’un régime autoritaire mérite l’attention positive, les années à venir révéleront si la Student List possède la maturité institutionnelle et la vision européenne nécessaires pour gouverner un pays complexe et divisé. Jusqu’alors, ce résultat offre à l’Union une fenêtre rare pour réengager la Serbie sur le chemin d’une véritable convergence avec les normes et valeurs du bloc.
