BCE le 23 juillet : le dilemme insoluble de Lagarde face à une Europe écartelée
La Banque centrale européenne doit rendre jeudi 23 juillet une décision de politique monétaire qui s’annonce délicate. En arrière-plan, une Europe aux prises avec des contradictions économiques aigues : une croissance anémique, une inflation qui refuse de décélérer et des tensions géopolitiques qui ne facilitent pas les calculs des autorités monétaires.
Une croissance défaillante face aux chocs énergétiques
La Commission européenne estime que le nouveau choc énergétique provoqué par le conflit au Moyen-Orient change nettement la donne économique. Au sein de l’Union européenne, le produit intérieur brut progresserait de 1,1 % en 2026, soit trois dixièmes de point de moins que ce qui était attendu à l’automne. La situation s’aggrave même à l’intérieur de la zone euro : la croissance y serait inférieure à 1 %.
La raison principale tient aux prix de l’énergie. Les pays européens importent une grande partie de leur gaz et de leur pétrole. Quand ces prix montent, les ménages paient plus cher pour se chauffer ou se déplacer. Or, cette vulnérabilité structurelle frappe à nouveau l’Europe à un moment où elle n’a pas de marge de manoeuvre. Le principal risque réside désormais dans la stabilité de la zone euro. L’augmentation des dettes publiques, les écarts croissants entre les États membres et les marges de manoeuvre limitées de la Banque centrale européenne pourraient conduire à une nouvelle crise financière.
L’inflation persistante freine le soulagement des taux
Le casse-tête pour Christine Lagarde, la présidente de la BCE, tient à l’absence de symétrie entre les deux piliers du mandat de la Banque centrale. L’inflation, c’est-à-dire la hausse générale des prix, atteindrait 3,1 % dans l’Union européenne en 2026, au lieu de continuer à se rapprocher plus vite de 2 %. Malgré une croissance qui traîne, les tensions inflationnistes restent bien présentes.
Cette persistance freine les perspectives de nouvelles réductions de taux. Une hausse de l’inflation sous-jacente, qui exclut des composantes plus fluctuantes comme l’alimentation et l’énergie, ou un relèvement des anticipations à moyen terme justifieraient une orientation plus restrictive. Au Royaume-Uni, où les risques liés à l’inflation demeurent élevés, il convient de maintenir une orientation restrictive. Ces éléments donnent à penser que la marge pour de nouveaux abaissements des taux d’intérêt en 2026 sera limitée.
Une Europe divisée cherche l’aide
Pendant ce temps, les États membres se tournent vers Bruxelles en quête de flexibilité budgétaire. La Première ministre italienne Giorgia Meloni a récemment pressé la Commission européenne à relâcher les règles fiscales pour les ménages et les industries aux prises avec des coûts énergétiques considérables, arguant que la sécurité énergétique devrait bénéficier du même traitement que les dépenses de défense. L’UE a adopté le 8 juillet une clause d’échappatoire nationale permettant aux États membres une flexibilité fiscale temporaire pour augmenter les dépenses de défense en cas de circonstances exceptionnelles. Meloni cherche une flexibilité similaire pour les mesures d’urgence énergétique.
Ces tensions illustrent un problème plus profond. Faute de moyens communs suffisants et d’une véritable autonomie stratégique, les pays européens peinent à répondre aux nouveaux défis économiques et géopolitiques. Dans un contexte de crises successives, les fragilités du continent apparaissent plus clairement : désindustrialisation, faible croissance, perte de compétitivité, endettement élevé, budget européen limité et absence d’harmonisation fiscale et budgétaire.
La BCE entre l’enclume et le marteau
La réunion du 23 juillet ne marquera pas une rupture spectaculaire. Lagarde et ses collègues devront naviguer entre deux écueils : baisser trop agressivement les taux risquerait de raviver l’inflation, tandis que rester trop restrictif étoufferait une croissance déjà étriquée. Reporter les réformes fait courir le risque d’une croissance plus lente, d’une dette plus lourde et d’une capacité réduite à agir lorsque le prochain choc surviendra. Dans un monde marqué par des chocs de plus en plus fréquents et qui se chevauchent, perturbations géopolitiques, phénomènes climatiques, instabilité financière, la capacité de riposte constitue en soi un atout stratégique.
Au-delà du taux directeur, la vraie question pour l’Europe est celle-ci : comment sortir du cycle des chocs successifs sans mener une politique économique unie au niveau du continent ? La décision monétaire du 23 juillet n’y répondra pas. Mais elle montrera une fois de plus les limites d’une monnaie commune sans véritable gouvernement économique européen.
